Notre top 3 du VR Arles Festival 2017 :
Quand la réalité virtuelle augmente le cinéma !

Nous sommes allés faire une visite au festival de réalité virtuelle programmée dans le cadre des fameuses Rencontres photographiques d’Arles. A l’aube de la rentrée 2017 qui marquera la sortie de grosses productions VR attendues, c’était l’occasion d’apprécier un condensé de la création internationale à un tournant de son histoire. Nous vous parlons des 3 films que nous avons préféré. 

« J’ai déjà vu ça au palais de Tokyo… » peut-on entendre devant les salles de VR. (Le Palais de Tokyo propose dans son programme d’été une expérience de VR : « l’Oiseleuse » lauréate du prix découverte des amis du palais de Tokyo 2015  crée par l’artiste Hayoun Kwon.) La VR (Virtual Reality : la réalité virtuelle) peu à peu se démocratise. Si tout le monde est loin de posséder un casque lui permettant d’y accéder, c’est une technologie que le public a de plus en plus l’occasion de découvrir à l’extérieur de chez lui. A Arles, les files d’attentes s’allongent et les salles de visionnage n’ont pas désempli de la journée. Ce festivalier de 70 ans qui en sort ému aux larmes nous confie qu’il pense assister là à une révolution du cinéma. Nous approuvons !

Arles #VR festival #byae – Spherical Image – RICOH THETA

La VR sort de son carcan de joujou technologique et impose son statut de média créatif. Outre le coté sensationnel de l’expérience immersive, cette sélection met à l’honneur le travail conceptuel des réalisateurs sur un champ de possibilités qui semble aussi infini que les univers que l’on peut y générer.

En se dégageant de la démonstration technique, la VR acquiert ses lettres de noblesse. L’interactivité n’est pas forcément un plus dans les œuvres que nous avons pu voir et l’esthétique soignée du sujet de base dans lequel on s’immerge n’est pas toujours déterminante sur la qualité globale de l’expérience.

Un de nos film favori met en scène des acteurs qui jouent la vie d’une famille normale. On est loin du psychédélique. Avec un média qui mobilise autant nos sens et gomme nos repères naturels, le soin apporté à l’harmonie, à la trame narrative et au rythme est prépondérante. Les œuvres les mieux structurées par une conception inventive et une expérience utilisateur soignée sont celles qui nous ont le plus séduites, en suscitant l’émotion la plus vive.
Nos 3 coups de cœur ci-dessous sont disponibles gratuitement en liens dans l’article si vous disposez d’un Oculus.

#3 : « Dreams of O » : La poésie d’une scénographie surréaliste

« Dreams of O » est une sublimation des possibilités techniques vertigineuses de la réalité virtuelle : le cirque du soleil danse tout autour de nous une succession de numéros aquatiques et sub-aquatiques filmés au ralenti. Les studios Félix et Paul ont dû développer une nouvelle technologie de prise d’image spécifique à la réalisation de cette oeuvre.

Nous sommes simultanément sous l’eau et à sa surface, dans les airs au dessus des trapézistes nautiques et en face à face rapproché avec des personnages terrestres cryptiques. Magique !

Les auteurs ont exploité les possibilités scénographiques de l’univers immersif à 360° au maximum en éliminant les contraintes de la gravité. L’impression de flotter entre eaux profondes et air sans qu’il y ait de délimitation claire entre les deux rappelle la plongée sous-marine. L’action est suffisamment lente et répétitive pour que l’on ait le temps de contempler les alentours à notre rythme sans avoir la sensation de rater un bout de spectacle. Le son guide parfaitement notre regard. On est tellement plongé dedans que l’on sent presque les odeurs et la chaleur suggérée par les images. La poésie baroque qui s’en dégage est grandiose, presque effrayante.

Felix & Paul studios – Disponible gratuitement sur Gear VR et Oculus Rift ici

#2 : Miyubi : L’immersion au service de l’identification au personnage

Nous partageons le coup de cœur de l’équipe du festival (aussi décoré à Cannes et Sundance). C’est le premier long métrage en VR (40 minutes) qui se rapproche vraiment d’un film. On sort du contemplatif : ici le 360° est utilisé pour servir la trame narrative d’une histoire et inversement. Nous sommes propulsés dans la peau d’un personnage qui interagit avec les autres.

Nous incarnons un petit robot japonais offert à une famille américaine des années 80. Ainsi nous voyons et entendons tout mais notre champ d’interactions est réduit. Exactement comme un humain dans un casque de VR. Ces caractéristiques de personnage similaires à notre expérience immédiate renforcent le réalisme de l’expérience immersive et créent un fort transfert d’émotion. On absorbe ainsi à la fois nettement et intuitivement les sujets divers et complexes abordés à travers cette histoire au ton plutôt comique, co-crée avec le site de vidéos à succès Funny Or Die créé par Will Ferrell (S’il fallait une preuve supplémentaire que la VR intéresse les cerveaux les plus agités de la planète.)

Je vous défie de ne pas soulever le bras une micro-seconde quand vos congénères humains fictifs vous le suggèrent, avant de vous rappeler que vous n’êtes pas réellement Miyubi et de ne pas ressentir profondément la détresse de ce petit robot qui peu à peu se détraque et perd de son intérêt auprès de son propriétaire.

Felix & Paul studios – Découvrez-le ici gratuitement sur Oculus Rift

#1 : Dear Angelica : l’émotion intimiste

Dear Angelica est le premier film de VR réalisé entièrement dans la réalité virtuelle grace à Quill, un outil de peinture en VR d’Oculus. (Similaire au Tiltbrush, que vous avez peut-être pu tester lors de notre premier apérograff chez Aestetype. Si celà vous donne envie, Guettez le prochain !)

Une femme regarde sur sa petite télévision les films de sa mère, une actrice morte jeune. Elle lui parle à cœur ouvert de leurs souvenirs communs. La narration style journal intime se dessine littéralement sous nos yeux, comme si l’artiste invisible était en train de peindre elle-même à grande vitesse, pour nous, ses rêveries colorées au fur et à mesure que sa voix nous berce. Ce qui nous plonge dans une atmosphère très intime.

Le dessin, outil personnel par excellence, recrée pour la narratrice le monde qu’elle a perdu et nous emporte dans sa nostalgie. Nous avons l’impression d’être projetés directement dans l’esprit de la jeune femme. Les couleurs envahissent tout notre champ de vision quand le récit se fait épique, vibrent plus fort si notre regard s’attarde (une touche d’interactivité discrète et fluide qui complète joliment le parti pris créatif) et le dessin se fait lointain et flottant quand le récit redevient intimiste. Le résultat est bouleversant. C’est notre oeuvre préférée !

Oculus Story Studios – Disponible gratuitement sur Gear VR et Oculus Rift ici

La consécration d’un art numérique, voire bien plus…

La VR crée une connexion émotionnelle et sensorielle si puissante qu’il n’est pas étonnant qu’elle dépasse le champ de la création artistique pour servir par exemple de traitement expérimental contre la toxicomanie.

Mais la création artistique et publicitaire reste pour l’instant son terrain de développement et d’expérimentation privilégié.  L’essor de la VR a révélé de nouveaux talents créatifs qui sont rapidement devenus des référents, y compris dans la progression technologique, comme les studios canadiens Félix et Paul. (Dreams of O, Miyubi et…la visite de la maison blanche par Michelle et Barack Obama.) Nous rentrons du festival gorgés d’inspiration et d’envies pour nos prochaines créations, surs que la VR nous réserve encore de belles surprises et ravis qu’elle fasse partie de notre laboratoire !